Choisir la Marionnette, c’est d’abord l’envie d’une écriture visuelle. Un appel aux sens, aux sensations. Des images, du mouvement, les zones d’ombre, la matière. Et, fatalement, le corps.
Le corps comme support, comme une greffe marionnettique. Une transformation. Les manipulateurs donnent à voir un siamois improbable. Un corps à corps avec l’autre, une proximité. Trouver un peu de soi dans ces corps inertes qui prennent vie. Qui est qui ? Tout contre, si proche, l’inanimé s’anime, présence métonymique. Une absence en réalité.
Une force d’évocation, dédoublée, un décalage. Des visages non réalistes sur des corps réalistes comme une mutation poétique.
Ils sont deux et un espace se crée, entre eux. Un interstice, une relation, une connexion qui les rapproche et les sépare. Incarnation. Désincarnation.
Avoir l’autre entre ses mains, devant lui, le regarder, le soutenir, l’assumer. Décider de son sort. L’Hybridité pour dire cet autre.Le corps du comédien, lui, s’engage, non plus dans ses habitudes, mais cherche à se placer ailleurs, dans celui de l’autre. Le silence. Qui se raccroche à quoi ? Qui porte l’autre ? Un rapport où le personnage a besoin de celui qui lui donne vie. Qui est pour cet être l’homme qui le (sou)tient ? qui le (sup)porte ? Une recherche à mener.
La Marionnette comme décalage au réalisme. Dire/montrer d’autres choses, différemment. Une vision, une autre vision du corps. Un travail esthétique sur les contrastes, l’obscurité, la lumière, les « cases vides ». Car c’est « dans les points de suspension que l’on met de nous-même ».Des formes inachevées, des profils incomplets, parties de corps pour un corps tout entier. Laisser un espace vide, « à compléter ».
La Marionnette pour un théâtre de spectateurs actifs…Alchimie poètique et brute qui fait de la Marionnette l’outil majeur de mes créations.
Lucas Prieux.